« JE PARLE À UN HOMME QUI NE TIENT PAS EN PLACE » Une traversée de la solitude

Une bouteille à la mer. Ou plutôt des dizaines de bouteilles. C’est ce que Jacques Gamblin propose au spectateur de découvrir. Dans sa propre solitude, il parle à l’audience comme il a tenté de parler à son ami Thomas Coville, lors de l’une de ses tentatives de tour du monde en solitaire. Le comédien tente sa propre traversée au plateau plutôt qu’en bateau , et s’en sort admirablement. Ses espoirs et sa complicité avec le marin transportent vers ces horizons que lui-même ne fait qu’imaginer, rêver.

© Nicolas Gerardin

Gamblin partage cette relation à sens trop unique, cette incertitude d’être entendu, reçu. Dans une simplicité scénique grandiloquente, l’acteur, comme trop peu souvent au théâtre, se repose uniquement sur son jeu, ses émotions, et dans le cas présent, son texte. Et c’est grâce à cela qu’il parvient à amarrer la salle à l’expression de son voyage sensible. Car c’est de sensibilité qu’il s’agit tout au long de ce voyage. En effet, Jacques Gamblin livre toute sa communication avec ce petit point jaune se déplaçant sur la carte de notre monde, ce point qui a eu l’audace de braver les éléments ; il présente son admiration et son affection pour cette audace. Et il la comprend, surtout. Ce petit point jaune, si distant, grandira, et se rapprochera, et parviendra même à exprimer sa gratitude au comédien qui fait tout pour s’embarquer avec lui. Dans un monologue extrêmement puissant, l’audience profite de la voix de Thomas Coville, tant attendue, de cette réponse à la fois tardive et providentielle qui donne une raison d’être à tout ce qui lui précède. C’est ce moment de grâce qui fera comprendre que le comédien est bien présent à ses côtés depuis le début. La pièce se change alors dans la tentative impossible de raconter ce lien aussi ineffable que la sensation d’un voyage. « On ne peut pas raconter un voyage, c’est une autre solitude que de ne pouvoir le raconter ». Plus que le voyage solitaire de Coville, Gamblin offre au spectateur l’épopée de leur relation amicale, si ce n’est sentimentale, et de leur compréhension mutuelle.

© Yannick Perrin

Malgré un système simple et identique tout au long du spectacle, le comédien réussit à entraîner son audience dans les profondeurs de sa relation. Une très belle traversée, chargée autant d’humour que de poésie, qui s’adresse avec chaleur à notre solitude individuelle.

© Nicolas Gerardin

Informations pratiques

Auteur(s)
Jacques Gamblin et Thomas Coville

Mise en scène
Jacques Gamblin (avec la collaboration de Domitille Bioret)

Avec
Jacques Gamblin

Dates
Du 19 au 31 Mars 2019

Durée
1H30

Adresse
LE CENTQUATRE – PARIS
5, rue Curial
75019 Paris

Informations et dates de tournée
www.104.fr