« L’AUTRE FILLE » Lettre à une sœur inconnue

« C’est une photo de couleur sépia … » Les premières paroles, comme des notes de musique, chuchotées dans le noir, entraînent sans détour au partage d’un secret. Rapidement, la parole s’anime et la comédienne Marianne Basler apparaît.

L’autre fille, très beau texte d’Annie Ernaux de 2011 répond à une commande de la collection « Les Affranchis » des éditions du Nil : « Ecrivez la lettre que vous n’avez jamais écrite ». L’autrice s’adresse à sa sœur, morte avant sa naissance, à l’âge de 6 ans, et dont elle a découvert l’existence l’été de ses 10 ans. La fillette, « l’autre fille », surprend une conversation de sa mère avec une cliente de l’épicerie familiale. Une phrase terrible s’encre en elle à jamais : “L’autre était plus gentille que celle-là”. C’est une lettre écrite à un fantôme, devenu le partenaire décisif de toute sa vie : « ll fallait donc que tu meures à 6 ans pour que je vienne au monde et que je sois sauvée ».

Le décor est celui du bureau de l’écrivaine. Cette dernière est assise à sa table de travail. Le spectateur progresse avec elle dans cette sorte de règlement de compte par les mots avec cette sœur aînée, mais aussi avec sa mère. Le co-metteur en scène (avec Marianne Basler), Jean-Phillppe Puymartin, justifie ainsi son parti-pris:  » ce que j’imagine dans l’expérience de la représentation théâtrale de L’autre fille, c’est la possibilité d’accompagner le spectateur au cœur de ce que l’acte d’écriture renferme de plus intime, de plus secret. C’est pouvoir lui donner le sentiment d’assister à la naissance, à l’élaboration, à l’organisation de la pensée d’Annie Ernaux, au travail actif de sa mémoire. » Et c’est réussi !

lautrefille_julien-piffaut 1

© Julien Piffaut

La façon dont Marianne Basler porte le texte et incarne son personnage ferait presque oublier que ce n’est pas Annie Ernaux qui est sur scène. La comédienne joue sur toutes les variations, de la confidence à l’argumentaire, en passant par la colère et la douceur de l’évocation de certaines réminiscences de l’enfance.

Seul effet de mise en scène, sur la dernière partie, une porte s’entre-ouvre, laissant passer la lumière comme une présence. On pourrait y voir un signe de la grande sœur cherchant à se manifester, à tendre la main vers l’autre fille…

Informations pratiques

Auteur(s)
Annie Ernaux, paru aux Editions Nil

Mise en scène
Jean-Philippe Puymartin, Marianne Basler

Avec
Marianne Basler
Coréalisation La Reine blanche – Les Déchargeurs et Espace des Arts, Scène nationale Chalon-sur-Saône

Dates
Jusqu’au 6 avril, mardi au samedi à 21H30 + les samedis à 17h
Et aussi du 24 au 28 avril au théâtre des Bernardines à Marseille

Durée

1h10

Adresse
Les Déchargeurs
3, rue des Déchargeurs
75001 Paris
 

Informations complémentaires
www.lesdechargeurs.fr