« LE PREMIER SEXE OU LA GROSSE ARNAQUE DE LA VIRILITÉ » de la compagnie Passages

Le premier sexe ou la grosse arnaque de la virilité, mise en scène Mickaël Délis & Vladimir Perrin © Marie Charbonnier

Sur une scène dépouillée, un homme, un tabouret, une longue chemise blanche en guise d’écharpe et d’accessoire à tout faire.
Mickaël Délis est un homme habité par un texte, son texte, celui de la construction et de la déconstruction de son identité masculine, long chemin tortueux dont les enjeux personnels rejoignent ceux de la moitié de l’Humanité. Moitié masculine en l’occurrence, moitié dite première depuis si longtemps qu’on en oublie depuis quand et qui a bâti cette société patriarcale, misogyne et homophobe. Nourrie de multiples lectures allant de Lioger à Gazalé, de Rausch à Welzer Lang, en passant par Héritier, Bourdieu, Gary, Duras, Woolf, inspiré plus particulièrement par Le Deuxième Sexe de Simone de Beauvoir et de sa propre vie, l’auteur-interprète se livre ici à une réflexion sur son rapport à la virilité, à la masculinité, au corps, aux hommes et aux femmes… profond et léger, virevoltant et intime, ce questionnement, nourri de souvenirs, d’anecdotes sur ce fameux et soi-disant « premier sexe », débouche sur une remise en cause de cette virilité omnipotente que chaque homme est sommé d’incarner.

Grâce à une mise en scène efficace, bien rythmée, Mickaël Délis parvient à endosser tous les rôles : lui petit garçon aux longs cheveux bouclés ; sa mère, personnage incroyable d’amour et de liberté, détonnant ; lui adolescent, petit rondouillard aux prises avec la puberté, ses camarades d’école et son entourage impatient de le voir enfin entrer dans la confrérie des verges hétéronormées ; lui jeune homme, premier amour homosexuel assumé qui ne rêve pourtant que d’invisibilité ; son psy, voix précieuse et sage comme un poil à gratter un rien irritante…son père enfin, clef de voûte de cet édifice qu’est le fils…

Mickaël Délis parvient ainsi à nous embarquer sans pour autant que le décor ne change. C’est plutôt grâce à quelques extraits musicaux bien choisis qu’une émotion ou un changement d’atmosphère sont suggérés. Dans ce voyage intérieur, sensible, drôle et grave à la fois nous cheminons à ses côtés, passant du rire aux larmes, touchés au coeur par la sincérité de cette voix dont nous assistons à la mue, celle de l’expression d’une « masculinité singulière » émancipée. Le spectateur est donc amené à réfléchir sur la question du masculin, comme un pied de nez à la tendance actuelle centrée sur la question du féminin, mais justement pour mieux revenir tout simplement à la construction identitaire de chacun face aux normes imposées par notre société.
On ne peut que saluer le travail engagé de la compagnie Passages au travers de cette pièce créée par Mickaël Délis et mise en scène par Vladimir Perrin.

LE PREMIER SEXE OU LA GROSSE ARNAQUE DE LA VIRILITE
LE PREMIER SEXE OU LA GROSSE ARNAQUE DE LA VIRILITE
LE PREMIER SEXE OU LA GROSSE ARNAQUE DE LA VIRILITE

Le premier sexe ou la grosse arnaque de la virilité, mise en scène Mickaël Délis & Vladimir Perrin © Marie Charbonnier

Informations pratiques

LE PREMIER SEXE OU LA GROSSE ARNAQUE DE LA VIRILITÉ – Cie Passages

Auteur(s)
Mickaël Délis

Mise en scène
Mickaël Délis et Vladimir Perrin

Avec
Mickaël Délis
Collaboration artistique Elisa Erka, Clément le Disquay, Elise Roth, David Délis
Collaboration à l’écriture Chloé Larouchi
Création lumière Jago Axworthy

Dates
Du 7 mai au 18 juin 2022

Durée
1h20

Adresse
Théâtre de la Reine Blanche — Scène des Arts et des Sciences
2 bis, passage Ruelle
75018 Paris

Informations complémentaires

Théâtre de la Reine Blanche — Scène des Arts et des Sciences
www.reineblanche.com

Mickaël Délis – Compagnie Passages
mickaeldelis.book.fr