« PLATEAUX MARIONNETTES », « 589m de mémoire(s) » et « De plus en plus de rien »

PLATEAUX MARIONNETTES 589m de mémoire(s), de L’arpenteuse Cie © Christophe Bunel

Suite au fort succès des journées professionnelles 2020 et 2021, le Théâtre Halle Roublot renouvelle l’expérience pour une nouvelle édition de ces plateaux dédiés à la création marionnettique. Depuis la saison dernière, le Théâtre aux Mains Nues et la NEF – Manufacture d’utopies s’associent au projet autour d’un désir commun de mener à plusieurs un véritable soutien aux artistes marionnettistes.
Au cours de ces journées professionnelles, Théâtre Actu a rencontré des compagnies de marionnettes, sélectionnées par le Théâtre Halle Roublot, autour d’une création ou d’un projet en cours de création dans des univers artistiques éclectiques.

« 589m de mémoire », un rite fantastico-documentaire sur le souvenir et ses supports

Le premier spectacle de la Compagnie L’Arpenteuse nous renvoie à la fonction originelle du théâtre d’ombres : l’évocation des morts. Avec l’aide d’Alexandra Vuillet à la mise en scène, les sœurs Amélie et Pauline Madeline se proposent d’aborder des grandes mutations agricoles du XXème siècle en France au travers du témoignage de leur grand-père, René, paysan bas-normand. Mais au-delà du souvenir lui-même, c’est bel et bien la démarche de la transmission qui est questionnée ici. Le spectacle tire en effet son nom des cassettes en bande magnétique sur lesquelles est enregistrée la parole de leur grand-père. À cela s’ajoute un manuscrit inachevé de l’agriculteur sur son expérience de la vie paysanne et des restructurations territoriales opérées par l’État.

De souvenir en mémoires, le rite théâtral dans lequel nous plongent les deux actrices-conteuses reprend ce flambeau tout en le questionnant. À la recherche thématique de notions-clés – notamment la « chimère » – répond une recherche plastique : sur la bande magnétique en tant que matière, et sur le papier comme agent ambivalent de la projection, tantôt image, tantôt écran, support ou signifiant. L’Arpenteuse Cie constitue une scénographie mécanique de la remembrance, évolutive et segmentée, agrémentée de machines fantastiques et hantée par les ombres de ses trois rétroprojecteurs, produisant ainsi un théâtre documentaire qui se magnifie par sa fantaisie. À la madeleine de Proust succède la prose des Madeline, parfois grave, mais toujours ludique.

visuel 3 _ 589m de mémoire(s) - L’arpenteuse Cie ©Christophe Bunel
visuel 4 _ 589m de mémoire(s) - L’arpenteuse Cie ©Christophe Bunel
visuel 6 _ 589m de mémoire(s) - L’arpenteuse Cie ©Christophe Bunel

PLATEAUX MARIONNETTES 589m de mémoire(s), de L’arpenteuse Cie © Christophe Bunel

«De plus en plus de rien », une joyeuse procession vers le crépuscule

Après La forêt, ça n’existe pas, Kristina Dementeva et Pierre Dupont poursuivent leur trilogie marionnettique par une nouvelle petite forme au thème sinistre et au ton décalé. Le titre annonce déjà le paradoxe qui hante la fable : entre positivité et négativité, « plus » et « rien », les personnages se rencontrent à un moment incertain, une fin qui n’en est peut-être pas une. Ou peut-être que si. Un lombric et une hyène, deux animaux qui ont en commun d’être peu considérés dans l’imaginaire européen, se réveillent sur une plateforme qui constitue les derniers mètres carrés du monde. Avec une grande simplicité scénographique, la manipulation de Kristina Dementeva et Pierre Dupont donne vie à deux êtres absolument différents : d’un côté, le corps imposant et stable de la hyène, qu’on déplace des deux bras ; de l’autre, la silhouette sans queue ni tête du chétif lombric, manipulé au travers de deux bâtons qui lui donnent appui et direction.

D’une durée modeste de 20 minutes, la pièce parvient pourtant à se saisir de sa temporalité en faisant de la manipulation un événement à part entière, et alterne des moments de rêverie comique et de grande intensité dramatique. Finalement, la fable semble se moquer éperdument des craintes eschatologiques sur lesquelles elle se fonde ; comme un crépuscule, le moment entre le jour et la nuit mais également entre la nuit et le jour, elle joue sur l’incertitude de sa situation pour mieux s’y dérober. Que cette fin soit le début d’autre chose ou pas, la véritable floraison qu’elle voit advenir est l’alliance de ces deux êtres, et leur redoutable envie de vivre. Dès lors, cette fin n’est plus juste un instant, elle est aussi ces 20 minutes qui nous sont accordées pour la reconnaître.

visuel 1 _ De plus en plus de rien - Théâtre Halle Roublot [Kristina Dementeva _ Pierre Dupont] ©Sasha Gourdin
visuel 7 _ De plus en plus de rien - Théâtre Halle Roublot [Kristina Dementeva _ Pierre Dupont] ©Sasha Gourdin
visuel 5 _ De plus en plus de rien - Théâtre Halle Roublot [Kristina Dementeva _ Pierre Dupont] ©Sasha Gourdin

PLATEAUX MARIONNETTES De plus en plus de rien, de Kristina Dementeva et Pierre Dupont © Sasha Gourdin

Informations pratiques

Plateaux Marionnettes
Journées professionnelles de la création émergente en Ile-de-France

589M DE MÉMOIRE(S) – L’arpenteuse Cie Création septembre 2020
MARIONNETTES, OMBRES, OBJETS ET MATIÈRE SONORE
Jeu et manipulation Amélie Madeline, Pauline Madeline
Mise en scène Alexandra Vuillet
Texte Élise Esnault
Dramaturgie Amélie Madeline, Pauline Madeline, Alexandra Vuillet
Conception scénographique et construction de marionnette Amélie Madeline
Création lumière et régie Sylvain Verdet
Assistante construction Laura Cros
Création musicale Christophe Bunel, Rivo Ralison
Création sonore Marion Cros
Costumes Zoé Caugant
Durée 50 mn

Lundi 24, mardi 25, jeudi 27 et vendredi 28 janvier à 12h

DE PLUS EN PLUS DE RIEN – Pierre Dupont et Kristina Dementeva Création août 2021
Conception, construction, jeu Pierre Dupont et Kristina Dementeva
Regard extérieur Faustine Lancel
Durée 20 mn

Lundi 24, mardi 25, jeudi 27 et vendredi 28 janvier 2022 à 11h30

Adresse
Théâtre Halle Roublot
95 rue Roublot
94120 Fontenay-sous-Bois

Informations complémentaires

Théâtre Halle Roublot
www.theatre-halle-roublot.fr