« LA MAGIE LENTE »  De l’erreur de diagnostic à la libération : le combat d’un homme 

Lors d’un colloque en psychiatrie, un éminent praticien interpelle son auditoire composé de médecins et d’un ministre. Seul en scène, sa communication sur l’erreur de diagnostic est empreinte d’une certaine gravité. Il expose le cas incroyable de Monsieur Louvier, un père de famille d’une quarantaine d’années diagnostiqué schizophrène – à tort – par un autre psychiatre dix ans plus tôt. Malgré des soins et une cure, ce sont de longues années de souffrance et ces voix d’hommes qui l’obsèdent au quotidien dans la rue, le métro… Il se sent épié, touché et sali par des propos extrêmement crus. S’agit-il d’hallucinations ? Dans son foyer, les angoisses continuent, des pulsions terrifiantes et des sautes d’humeur attribuées à sa « folie ». Plein de culpabilité et désireux de trouver l’origine de tous ses maux, il consulte un autre psychiatre, Kemener. Au fil des séances, Louvier résiste, se dévoile et exprime ses pensées et ses désirs envers les autres hommes et l’on perçoit toute sa douleur, sa fragilité et son courage. Le verdict tombe : il est en fait bipolaire avec des troubles sexuels dont l’origine remonterait à l’enfance…

À travers la parole libérée et une qualification juste des faits, le psychiatre soutient son patient qui se détache lentement de ses croyances fondées par un jugement erroné et cloisonnant. Rien de plus simple que de mettre les personnes dans des cases par une analyse hâtive, par facilité ou peur de voir surgir la réalité… L’erreur médicale est lourde de conséquences pour le patient et son entourage. Une double peine d’autant plus grande que le personnage a subi ici un traumatisme abominable, abusé par son oncle dès son plus jeune âge. Le texte de Denis Lachaud s’attaque au fondement de la schizophrénie et à l’erreur de diagnostic très courante en matière de psychose. Ces propos d’une grande justesse sont inspirés par les témoignages recueillis en milieu hospitalier, auprès de psychiatres et chefs de service. L’auteur pose les actes, les mots, aborde le sexe sans détour à l’image du viol et du traitement inapproprié que le patient a reçu. C’est poignant, violent, cru sans jamais tomber dans la vulgarité.

La magie lente 1@DR
La magie lente 2@DR

© DR

« La magie lente » déroule une véritable cure thérapeutique. La mise en scène épurée de Pierre Notte met en avant le texte puissant et l’être humain complexe avec ses fêlures, sa quête de réparation, capable de renaître de ses cendres. Dans cette confession déchirante, Benoît Giros interprète avec brio Louvier à différents âges de sa vie mais aussi les personnages sur son parcours (ancien et nouveau psychiatre, oncle) comme pour rappeler la psychose. Les éclairages dessinent les espaces et mettent en avant le jeu de l’acteur dans tous ses états. Les choix des axes d’adresse et la proximité avec le public accentuent la dramaturgie. Accessoire et posture rappellent de manière simple chaque protagoniste. Du chaos à la lente reconstruction, une tragédie moderne déroulée à toute allure où la guérison, issue salvatrice passe par une réconciliation avec soi. Une pièce d’une rare intensité à découvrir à Avignon puis en tournée.

Informations pratiques

Auteur(s)
Denis Lachaud

Mise en scène
Pierre Notte

Avec
Benoît Giros

Dates
Du mercredi 4 au dimanche 15 avril 2018

Durée
1h10

Adresse
Théâtre de Belleville
94, rue du Faubourg du Temple
75011 Paris


Informations et dates de tournée 2018
http://www.theatredebelleville.com/
Du 6 au 28 juilllet Avignon – Festival d’Avignon Off / Artéphile