« SEASONAL AFFECTIVE DISORDER »  Une échappée sauvage et lumineuse, deux amants tatoués à l’encre poétique  

Deux silhouettes sortent de l’ombre, vêtements grisonnants et négligés. Dolly, la blonde gracile n’a que 14 ans et toute la fougue de sa jeunesse. Vlad, la cinquantaine est lui à bout de souffle, usé par un parcours chaotique et solitaire. C’est tard dans la nuit qu’ils se croisent dans un bar. Elle lui raconte des histoires, lui fait croire qu’elle a 19 ans. L’homme se définit comme un oiseau de mauvais augure, mais il va pourtant prendre sous son aile cette fille aussi paumée que lui et déjà endurcie par l’existence. De l’Etap Hôtel de la Porte de Bagnolet où il l’entraîne aux virées nocturnes, loin de tout jugement, ils vivent leur amour passionnément. Autour d’eux, la nature et le temps se dérèglent : le soleil ne se lève plus. Elle est sa gosse, sa lumière de l’aube, il est son homme, son sauveur. Leur passé troublant reste une zone d’ombre qui remonte en filigrane. Pourquoi présente-t-elle des petites taches de sang sur le cou ? Et tous ces sacs mystérieux et armes à feu que son compagnon traîne avec lui ? Le couple « Dolly et Vlad » tels « Bonnie et Clyde » sont hors-la-loi, ils s’accordent quelques instants de bonheur suspendus à leurs rêves. Monologues, profondeurs d’âmes, dialogues s’entremêlent dans cette cavale haletante avec en toile de fond des images oniriques projetées sur l’écran. Tout comme la création sonore musicale et narrative, elles définissent l’atmosphère des lieux et accompagnent les personnages, leurs humeurs et leurs angoisses. Dans cette fuite romanesque, le jeu brillant des deux comédiens touche en profondeur.

Seasonal Affective Disorder est la dernière création de la Compagnie Léla. Le texte original et incisif de l’auteure Lola Molina est lauréat du Prix Lucernaire Laurent Terziff – Pascale Boysson 2017. La mise en scène de son conjoint Lélio Plotton met en avant deux personnalités fortes qui se dévoilent chacune par les voix intérieures, les pensées et les dialogues concis et efficaces. Entre passé et présent, la violence et la transgression sont intimement ancrées au destin tragique des protagonistes, tout comme leurs tatouages réels ou inventés (Dolly). Néanmoins, les amants nous attendrissent, ils rêvent de normalité : une vie de famille avec maison et enfants. La scénographie holophonique, les installations sonores (diffusion en multicanal, micros,…) et la lumière accentuent certains événements et donnent du mouvement. Le spectacteur en immersion laisse place à son imaginaire devant les clichés volontairement flous, de véritables tableaux qui renvoient au voyage, à la nature et à ses changements. Sur la scène épurée, quelques objets (machine à écrire, arme,…) sont les empreintes de la vie du couple et les raccrochent à la réalité. Laurent Sauvage s’impose dans une interprétation puissante toute en retenue. À ses côtés, Anne-Lise Heimburger joue à merveille la femme-enfant rêveuse, éprise de liberté qui prend la plume ou les armes sans ciller. Qui peut lui résister ? Quel est le chemin qui nous fera céder à nos désirs ? L’existence offre-t-elle d’autres possibilités ? De la grisaille à la lumière, une cavale amoureuse et captivante parfumée à l’encre poétique. Une ode à la vie !

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©Victor Tonnelli

 

Informations pratiques

Auteur(s)
Lola Molina

Mise en scène
Lélio Plotton

Avec
Anne-Lise Heimburger, Laurent Sauvage

Dates
Du 14 février au 31 mars 2018

Durée
1h30

Adresse
Théâtre Le Lucernaire – Salle Paradis
53, rue Notre-Dame-des-Champs
75006 Paris

Informations et dates de tournée
http://www.lucernaire.fr/