Création / « Pour que tu m’aimes encore » un spectacle de et avec Elise Noiraud à la Comédie de Paris

Article de Marianne Guernet-Mouton

Céline et des chatons, ou rien

Après avoir monté il y a trois ans « Elise, Chapitre 1 : La Banane américaine », fort de son succès, Elise Noiraud revient pour un seul en scène au théâtre de Belleville avec le « Chapitre 2 : Pour que tu m’aimes encore », de la vie d’Elise. Mais cette fois-ci, la jeune fille n’est plus vraiment une enfant, elle a treize ans et demi, un âge difficile et beau à la fois, un âge de transition et de rêves qui touche beaucoup la créatrice de ce nouveau chapitre, partisane d’un « théâtre de rien ».

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© Baptiste Ribrault

En effet, sans décor sinon une chaise et un coffre où sont rangés quelques accessoires, l’actrice dans le rôle d’Elise et de tout son monde n’a de cesse de changer de personnage avec une rapidité déconcertante et une énergie communicative, pour un résultat qui relève de la performance. Grâce à un jeu de lumières qui malgré tout crée des ambiances dans ce grand espace vide qu’est la scène, Elise Noiraud nous livre un spectacle aussi drôle que poignant sur ce qu’avoir treize ans signifie.
De fait, qu’est ce qu’avoir treize ans et demi pour la jeune Elise ?
Avoir treize ans et demi c’est être au collège en classe de quatrième. C’est rêver d’amour pour la première fois, ce sont les premiers émois, les premiers baisers langoureux de quatre minutes dans la salle des casiers ou sous le préau. C’est penser sa vie en vue de la fête du collège où Elise prévoit de monter un spectacle de danse sur « Pour que tu m’aimes encore » de Céline Dion. C’est l’âge où une fille achète sa première brassière petits nœuds, petites fleurs ou si on n’a moins de chance, petits pingouins. C’est l’âge où avoir un vernis différent sur chaque ongle c’est tendance, et où collectionner les chatons a un sens. Bref, c’est un âge touchant, un âge des premières fois, des grands espoirs mais aussi des premiers grands chagrins.
Elise, elle, tombe amoureuse de Tony, un « grand », un troisième qui boit du panaché aux « booms » organisées dans son garage, et se vante d’avoir une mobylette. Fan de Céline Dion qui a dit que « l’enfance est un immense océan », Elise qui n’est plus une enfant bien que n’étant pas encore une femme, consigne toute sa vie dans son journal, l’allié de ses années ingrates faites de rêves.

POUR QUE TU M'AIMES ENCORE_4© Baptiste Ribrault

Ce qui rend le spectacle si réussi c’est que si le sujet choisi est déjà très évocateur pour une grande partie du public qui ne peut que se reconnaître en cette jeune fille, Elise Noiraud, elle, est très juste dans son jeu. L’histoire ne s’épuise jamais, la surprise est perpétuelle et la salle n’a de cesse de chuchoter « mais oui, c’était exactement ça le collège ! » face à la professeur de sport névrosée ou encore la professeur de technologies qui joue sa vie dans la construction d’une base d’attente téléphonique musicale : ces professeurs qu’on a tous eus. L’un des personnages touchants de ce spectacle reste tout de même la mère d’Elise, cette caricature de la mère au foyer en manque d’épanouissement personnel, ennemie jalouse de sa fille qui renvoie à une triste réalité pour certains.
En quelques mots, Elise Noiraud est impressionnante et nous replonge admirablement bien dans cet âge cruel et regretté qu’a été nos treize ans et demi, pour le meilleur et pour le pire !

 

Pour que tu m’aimes encore
Écrit et interprété par Elise Noiraud
Collaboration artistique Baptiste Ribrault
Un spectacle du Théâtre de l’Épopée

 

Du 1er avril au samedi 25 juin 2016

Du mardi au samedi à 19h30

Relâche dimanche et lundi

 

Comédie de Paris

42 rue Fontaine

75009 Paris

www.comediedeparis.com