« LA MORT GRANDIOSE DES MARIONNETTES », un cabaret délirant de destruction massive

La Mort grandiose des marionnettes, mise en scène Pete Balkwill, Pityu Kenderes, Judd Palmer © AD Zyne

D’entrée de jeu, la pièce annonce sa mécanique et s’y tient avec une rigueur étonnante. Dans une succession de sketches d’un peu plus d’une heure, une grande diversité de marionnettes rencontre une grande diversité de morts, du meurtre au suicide en passant par l’accident. Une fois finie, il reste difficile d’en tirer une interprétation profonde, tant l’humour et le jeu débridé de Louisa Ashton, Ayan Nakamura et Teele Uustani suffit à justifier son existence.

Il faut dire que La Mort grandiose des marionnettes témoigne d’une volonté affichée de ne rien dire, au moins au sens littéral. Le texte se compose principalement de borborygmes, de l’onomatopée au presque-mot, ce qui fait la part belle au jeu clown des trois comédiennes déjantées courant entre l’espace de l’avant-scène et celui, plus étroit, d’un castelet très élaboré.

Le Old Trout Puppet Workshop tranche ainsi avec l’essentiel de la programmation marionnettique des scènes nationales par l’irrévérence de son écriture post-dramaturgique. Ici la mort est moins une thématique, au sens d’élément de discussion, qu’une mécanique répétitive qu’on retrouve joyeusement à chaque itération. La répétition est justement ce qui permet à la pièce de planter des running gags à développer plus tard, de lier plusieurs sketchs entre eux et d’user de blagues jusqu’à les épuiser dans le vallon du plus-très-drôle, pour les faire remonter, à nouveau par jeu de répétition, aux cimes des monts du à-nouveau-drôle, dans une sorte d’humour performatif qui joue sur les attentes et l’épuisement.

Car si La Mort grandiose des marionnettes peut donner l’impression d’une ribambelle de farces sans queue ni tête – ce qui est peut-être le cas, c’est que la pièce est issue d’une tradition de la marionnette ancrée dans la construction, plutôt que la dramaturgie. La pièce impressionne par la variété des constructions et des modes de manipulation qu’elle met en jeu et, bien sûr, par leurs possibilités mécaniques de destruction. En découle un cabaret extatique fait pour les amateurs de mécanismes, et pour ceux cherchant à étendre leur vision de la manipulation. En prenant l’une des plus vieilles inquiétudes humaines comme cible de sa satire répétée, la pièce finit par prendre des airs de rituel cathartique, apprivoisant l’idée injuste et arbitraire de la mort, à l’image de ce vieux personnage final qui rencontre enfin celle qu’il attendait.

VISUEL~2
VISUEL~3
Indspire Industry in the ClassroomCanada2015
VIB6DE~1

La Mort grandiose des marionnettes, mise en scène Pete Balkwill, Pityu Kenderes, Judd Palmer © Jason Stang

Informations pratiques

LA MORT GRANDIOSE DES MARIONNETTES – Cie Old Trout Puppet Workshop

Mise en scène
Pete Balkwill, Pityu Kenderes, Judd Palmer

Interprétation
Louisa Ashton, Ayan Nakamura, Teel Uustani
Régie Mitch Craib
Costumes Jean Gareau
Lumière Amelia Newbert
Son Mike Rinaldi

Dates
le 16 février au Théâtre de la Halle Roublot, Fontenay-sous bois

Durée
65mn

Adresse
Théâtre Halle Roublot
95, rue Roublot
94120 Fontenay-sous-Bois

Informations complémentaires

Théâtre Halle Roublot
www.theatre-halle-roublot.fr

Compagnie Old Trout Puppet Workshop
www.theoldtrouts.org/famous-puppet-death-scenes