« Le jeu de l’amour et du hasard », Mise en scène Salomé Villiers, Théâtre du Lucernaire

Article de Sébastien Scherr

Parfum floral et estival

Sylvia et Dorante sont promis l’un à l’autre. Mais soucieux de bien se connaître avant que de s’engager, ils ont eu la même idée simultanée : intervertir leur rôle avec leur valet ou servante. S’ensuit un ballet cocasse entre les faux marquis et les faux valets, orchestré par le père et le frère de Sylvia, seuls dans la pleine confidence.

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© BoiteauxLettres

Salomé Villiers et la Cie La Boîte aux Lettres offrent un spectacle charmant, léger et divertissant. Tout à la fois drôles et pertinents, les comédiens évoluent avec simplicité et finesse dans un décor floral qui se prête assez bien à ce badinage. Mais la pièce de Marivaux n’est pas si badine qu’il y paraît au premier coup d’œil : comme toujours, le maître interroge la société et le rapport de classes en même temps qu’il dresse un portrait juste et sans concessions des affres et des joies de la parade amoureuse. Les femmes y trouvent une place nouvelle dans la maîtrise de l’intrigue ; à la souffrance du cœur répond toujours la disgracieuse et implacable raison ; aux côtés de la passion viennent se tenir debout l’argent, les convenances et le statut social. Le « Saute marquis » final de la pièce envoyé par Arlequin n’est pas sans rappeler le « Mes gages, mes gages » de Sganarelle en conclusion de Dom Juan. C’est que les valets n’ont pas les mêmes armes que les maîtres pour asseoir leurs idées ou défendre leurs intérêts.

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© BoiteauxLettres

L’usage de la vidéo dans la mise en scène, s’il n’était pas indispensable, se marie assez bien avec cette version contemporaine et sautillante. À part peut-être pour le prologue un peu décalé, et pour l’arrivée de Bourguignon qui masque la lecture par Orgon de la lettre de son compère, pourtant clé essentielle de l’intrigue. Le plus appréciable dans cette version, c’est le rythme efficace et la bonne direction d’acteur. Ils sont tous vrais, colorés et incarnés. Sauf Sylvia, qui met du temps à entrer dans le jeu et qui se montre trop agressive pendant toute la première partie : de la difficulté d’être sur scène lorsque l’on dirige… Mais elle se rattrape merveilleusement lors de la scène où elle apprend la véritable identité de Dorante : elle prend le temps de recevoir l’information, et son émotion y est tout à fait juste. Belle performance tant on sait que jouer la surprise est probablement ce qu’il y a de plus difficile au théâtre, puisque le comédien connaît la suite et doit l’oublier pour rendre l’authenticité du personnage.

 

Le jeu de l’amour et du hasard

De Marivaux

Mise en scène Salomé Villiers

Assistante mise en scène Lisa de Rooster

Avec Salomé Villiers, Raphaëlle Lemann, Philippe Perrussel, Bertrand Mounier, François Nambot et Etienne Launay

Vidéos : Léo Parmentier

 

Du 6 avril au 4 juin 2016

 

Théâtre du Lucernaire

53, rue Notre-Dame-des-Champs

75006 Paris

www.lucernaire.fr