« MOLIÈRE-MATÉRIAU(X) » de Pierre Louis-Calixte, Bonjour Molière !

Molière-Matériau(x) de Pierre Louis-Calixte aux éditions Actes Sud-Papiers, 2023

Dans le livre Molière-Matériau(x), Pierre Louis-Calixte nous partage ses questionnements sur la disparition, la mémoire, le va-et-vient entre fiction et réalité avec la notion de relais. Son livre est écrit en mémoire de son grand-père Michel Louis-Calixte dont la canne réelle fait irruption sur scène au studio du Rond-Point des Champs-Élysées où il joua la pièce en juin.
Son livre débute par une adresse sous forme de tutoiement à Jean-Baptiste. Cette double familiarité par le pronom personnel et le prénom de Molière peut surprendre le lecteur mais il s’agit surtout d’une recherche de proximité. En ne laissant aucune trace écrite, Molière donna du fil à retordre aux biographes. « S’en tenir aux faits » était une vaine promesse pour ces derniers qui firent circuler une infinité de fausses histoires avec des détails inutiles qui enfouissait Molière sous une forme de disparition. Car la vérité d’une existence, n’est-ce pas son cœur ardent ? Son aspect romanesque ? Son irrationalité ?

De nos vies, nous sommes à la fois les acteurs et les chroniqueurs. L’imagination ne console-t-elle pas de la disparition ? Par ces questions, l’auteur sème ses premières pierres autour de sa problématique. Qu’est-ce qui le lie, lui, comédien du XXIème siècle à Jean-Baptiste, comédien et dramaturge du XVIIème siècle ?

Le périple commence par le grand-père de l’auteur avec sa vraie canne comme bâton de relais, objet réel dans un monde d’illusions où les armes, les poisons, les cheveux et parfois même les nez sont faux. Les morts se relèvent à la fin du spectacle pour saluer leur public. « Contrefaire » est le maître mot dans cet univers où la parole peut être à la fois fausse et vraie. Après la mort de son cochon d’Inde, Pierre Louis-Calixte enfant fait l’expérience de celle de son grand-père avec lequel il a répété un bout de scène de L’Avare où avec de la farine dans les cheveux et du noir aux dents, il simulait la vieillesse d’Harpagon. Dans son ennuyeuse existence d’élève, Molière lui ouvrait une porte.

Alors que l’auteur vivait la disparition de la mémoire de son père atteint de la maladie d’Alzheimer, Éric Ruf, l’administrateur de la Comédie-Française lui proposa de réfléchir sur un monologue sur Molière. Sans mémoire, le texte comme le personnage s’éclipsent. Ce premier télescopage donnera suite à une autre « coïncidence », celle de la « maison des champs » de Molière à Auteuil où Pierre Louis-Calixte arriva pour trouver le canapé de sa loge, nouvel objet de relais.

Une autre passation eut lieu quand le comédien dut endosser, et le rôle, et le costume trop grand du comédien Daniel Znyk dont la disparition fut subite et étrange dans ses conditions. En effet, lors d’une soirée à la Comédie-Française, des comédiens se mirent à jouer l’infarctus qui eut raison de Daniel Znyk quand il rentra chez lui. L’auteur nous dit : « N’y-a-t-il point quelque danger à contrefaire le mort ?». Un rapprochement est immédiatement fait avec Molière-Argan dans Le Malade imaginaire en traînant une toux réelle qui finira par le tuer quelques heures après sa dernière entrée en scène. Jean-Luc Lagarce qui a mis en scène cette même pièce était malade et prenait le bâton que lui tendait Bernard Bloch, dans ce même rôle d’Argan, lorsqu’il revenait en coulisse pour le reprendre en remontant sur scène. Dans Juste la fin du Monde, Jean-Luc Lagarce parle de « tricher » pour rebattre les cartes de son autobiographie afin de la rendre représentable. Si la vie impressionne le plateau, le plateau impressionne la vie.

Informations pratiques

Auteur(s)
Pierre Louis-Calixte

Prix
9,90 euros

Éditions Actes Sud
www.actes-sud.fr