« POURQUOI LES VIEUX QUI N’ONT RIEN À FAIRE TRAVERSENT-ILS AU FEU ROUGE ? », la vie et la mort jouent de concert avec le Collectif IN ITINERE

Pourquoi les vieux qui n’ont rien à faire traversent-ils au feu rouge ? du Collectif In Itinere, mise en scène Thylda Barès © Neal Mc Ennis

Nous avions découvert le travail de ce collectif international en décembre 2017 avec La traversée de la rivière lors du festival Mimesis #7 à l’International Visual Theatre (IVT) qui suivait une famille qui tente de fuir la guerre et se retrouve face à une rivière sans pont (cf critique Théâtreactu Mimesis #7 Programme B). Dans ce théâtre physique, la metteuse en scène Thylda Barès montrait des victimes sans pathos tout comme dans cette nouvelle création Pourquoi les vieux qui n’ont rien à faire traversent-ils au feu rouge ? dont une courte forme avait été présentée à Mimesis #10 l’année dernière (cf critique Théâtreactu Mimesis #10).

Le décor assez sommaire est celui d’une maison de retraite où une dizaine de pensionnaires évoluent. Ils portent des masques cendrés presque plein leur laissant la possibilité de s’exprimer. Ils sont réalisés par le facteur de masque Lucien Cassou. La mise en lumière est importante pour faire vivre ces visages décrépits et souligner leurs regards. Masques d’homme sur corps de femme et l’inverse amènent à réfléchir sur le genre. Ils questionnent nos représentations du vieillissement. Quelle féminité/masculinité lorsque l’on vieillit ? Comment se redéfinit-on quand la société n’a plus besoin de nous ? Reste-t-il de la sexualité ? Ces masques permettent de prendre une distance théâtrale face à la lourdeur des thèmes abordés. Parler de la vieillesse et de la fin de vie est délicat et le Collectif IN ITINERE y parvient brillamment par le jeu masqué, le rire, le second degré et la poésie.

La vie et la mort se côtoient et rythment chaque jour dans un ballet incessant entre burlesque et drame. Les situations sont empreintes de réalisme car le spectacle a été créé en maison de retraite. Des résidences ont eu lieu en EHPAD (ateliers de mouvements, création de masques avec les résident.e.s). Si la dramaturgie est forte et omniprésente (décès d’un résident, résident suicidaire, résident qui cherche à s’enfuir, sénilité, délaissement des proches), elle est soulignée par le fait que l’action est posée pour le spectateur au jour d’aujourd’hui, renforçant la gravité des sujets traités sans tabous. Les activités quant à elles sont classiques (ateliers de la mémoire, exercices sportifs, parties de cartes, prises de médicaments…) et cycliques pour rappeler le temps qui passe.

William l’accordéoniste pose le propos en ouverture en donnant l’image du poisson qui tourne en rond dans son bocal. C’est à travers le prisme d’un quotidien en vase clos que nous voyons ces pensionnaires. La mort est là comme une épée de Damoclès s’immisçant par de menus détails : point Coronavirus, chansons où la mort est évoquée, résidente qui dit que « la mort fait partie de la vie », résident qui a une attaque. Notre rapport à la mort conditionne notre rapport à la vie. Ce spectacle laisse apparaître des petits vieux qui veulent croquer la vie et aimer tout simplement (anniversaire de la centenaire, installation bucolique pour Astrid et Gaston). La vie est renforcée par les activités, la force du groupe qui se soutient et avance ensemble en attendant qu’on les fasse vivre.

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Pourquoi les vieux qui n’ont rien à faire traversent-ils au feu rouge ? du Collectif In Itinere, mise en scène Thylda Barès © Neal Mc Ennis

La mise en scène de Thylda Barès accorde une importance aux corps en mouvement de ces vieux qui s’imposent avec puissance, proposant plusieurs niveaux de lecture. Les six comédiens incarnent à merveille ces individus attendrissants. Deux entrées à cour et à jardin permettent d’apporter de la fluidité aux déplacements des personnages plus ou moins valides. Les soignants en blouse blanche s’expriment en différentes langues donnant à voir l’universalité de ce sujet qui nous parle du fait de vieillir et de la fin de vie. Ils rappellent aussi les origines cosmopolites du Collectif IN ITINERE (France, Norvège, Angleterre, Suède, Taïwan, Turquie, Colombie, Brésil,…) qui sont tou.te.s issu.e.s de l’École Internationale de Théâtre Jacques Lecoq. Ce collectif a créé une version intérieure et une version extérieure tout public de ce spectacle Pourquoi les vieux qui n’ont rien à faire traversent-ils au feu rouge ? afin d’amener le théâtre ailleurs que dans un théâtre. Cette création ouvre la voix sur des sujets nécessaires, une réflexion autour de la mort et espérons qu’elle amène aussi le dialogue entre les générations.

Informations pratiques

POURQUOI LES VIEUX QUI N’ONT RIEN À FAIRE TRAVERSENT-ILS AU FEU ROUGE ? – Création Collectif IN ITINERE
Tout public à partir de 6 ans

Auteur
Collectif IN ITINERE

Mise en scène
Thylda Barès

Interprétation
Victor Barrère, Andrea Boeryd, Paul Colom, Julia Free, Ulima Ortiz, Sencan Oytun Tokuç

Création lumière et régie Clémentine Pradier
Production In Itinere Collectif

Dates
Du 14 au 18 Décembre 2022 au Lavoir Moderne Parisien, Paris
Du mercredi au samedi à 19h, dimanche à 15h
Du 7 au 11 Février 2023 au MIM Festival, Montpellier – Hérault
Du 10 au 21 mai 2023 au Fringe Festival, Istanbul – Turquie
Le 28 avril 2023 au Duclair – Seine Maritime Juillet 2023 au Festival Off d’Avignon

Durée
1h10

Adresse
Lavoir Moderne Parisien
35, rue Léon
75018 Paris

Informations complémentaires

Lavoir Moderne Parisien
lavoirmoderneparisien.com

Collectif IN ITINERE
www.in-itinere-collectif.com